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Mercredi 17 août 3 17 /08 /Août 20:45

    I. Devant me trouver à Paris ce dimanche 14 août en soirée, j’y cherchai une Messe qui fût tridentine, exercice malaisé à semblable époque estivale.

 

 

    Mes navigations électroniques me conduisirent sur les rivages de l’Institut du Bon Pasteur, que l’on sait dirigé par M. l’abbé Philippe Laguérie.

 

 

    L’abbé Laguérie, on s’en souvient, est un prêtre pour le moins turbulent: ordonné par Mgr Lefebvre, il fut curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et tenta en mars 1993 d’occuper Saint-Germain-l’Auxerrois, paroisse des Rois de France, dont il fut délogé par la Police Nationale… Avant de célébrer en 1996 les obsèques du collaborateur Paul Touvier, en qui il percevait « une âme délicate, sensible et nuancée »…

 

 

    En 1998 le voilà à Bordeaux, négociant avec la Mairie l’utilisation d’une église désaffectée, puis renouant avec la polémique en menant campagne contre Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint Pie X… On veut le muter au Mexique, il refuse, et se voit exclu de Saint Pie X en 2004.

 

 

    Isolé, il ne tarde pas à trouver des qualités au dialogue avec Rome, dont il réintègre les rangs en prenant la direction de l’Institut du Bon Pasteur, tout spécialement créé en 2006 pour l’accueillir avec quelques-uns de ses proches. En juillet 2008, l’abbé refait surface, lorsqu’on apprend qu’il a baptisé la fille de M. M’bala M’bala, dit Dieudonné, dont Jean-Marie Le Pen est parrain… Une vidéo amateur le montre procédant à l’exorcisme traditionnel sur le parvis de l’église Saint Éloi, sans qu’on perçoive bien s’il a pris soin d’asperger le parrain…

 

 

    Fin de l’histoire? Pas tout à fait. Car si l’abbé est fin polémiste, il serait dit-on canoniste un peu moins affûté: l’accord conclu avec le Saint Siège lui permet certes de conserver l’usage exclusif du Missel de 1962, mais son Institut ne peut intervenir… que là où les évêques l’y invitent.

 

 

    Et c’est peu dire qu’il est rarement le bienvenu!

 

 

    Ainsi, par exemple, apprend-on en janvier 2011 que l’évêque de Cahors, Mgr Norbert Turini, s’est formellement opposé à l’acquisition par l’Institut du centre de la Visitation de Saint Céré, qu’il avait pourtant mis en vente… dans une agence immobilière… Raison invoquée? Le souci de « ne pas semer le trouble dans une petite ville comme Saint Céré et dans le diocèse », qui le conduit à s’opposer à la vente « à ce client »… Rappelons, au passage, qu’un tel refus de vente, s’il est canoniquement légal, est tout à fait prohibé civilement, dès lors que la vente a été confiée à un professionnel, qui a reçu une offre en bonne et due forme…

 

 

    Mieux, le 2 août 2011, c’est l’abbé lui-même qui se voit quasiment réclamer un titre de séjour: apprenant qu’il est venu s’installer à Migné-Auxances, tout proche de Poitiers, Mgr Pascal Wintzer, évêque auxiliaire et administrateur apostolique du diocèse, juge urgent de publier un communiqué dans lequel il écrit ces lignes proprement ahurissantes: « L’abbé Laguérie est ici en tant que citoyen français. Comme tel, il bénéficie de la liberté d’installation et de résidence. Si la loi civile est respectée, j’émets des réserves tout au moins quant aux bonnes pratiques ecclésiales »…

 

 

    Pour mémoire, et en sourire, signalons la belle devise de Mgr Wintzer: « N'éteignez pas l'Esprit »… L’abbé Laguérie, quant à lui, assure sur son blog avoir reçu « un accueil des plus évangéliques »…sans préciser à quel passage des Écritures il peut bien faire allusion…

 

 

    Tout ceci, on s’en doute, avait accru la curiosité d’un paroissien dominical: qu’allait-il bien découvrir à Paris, au Centre Saint Paul, « antenne locale » de l’Institut du Bon Pasteur, sise dans une rue borgne du IIème arrondissement?

 

 

    II. Et c’est ainsi que je me trouvai sortant d’un bar Irlandais, seul du quartier ouvert en ce week-end marial, lequel diffusait sur grands écrans un match de football opposant deux équipes mystérieuses mais déclenchant l’enthousiasme de consommateurs échauffés… Un client solitaire attirait l’attention, lisant seul au comptoir « la manière de réciter le rosaire », parfaitement indifférent au tumulte qui l’entourait. Étonnamment, l’heure de l’office venu, il ne me suivit pas… Les voies du Seigneur sont impénétrables.

 

 

    L’accès au Centre Saint Paul ne paie pas de mine, au point d’alarmer mon alter ego, pourtant moderniste, qui me signala avec une certaine inquiétude un groupe d’hommes agglutinés, teint basané et, à l’en croire, la posture « d’intégristes au sortir d’une mosquée »… A peine avais-je eu le temps de lui signaler qu’aucun n’était visiblement barbu que nous avions sans encombre franchi le seuil… et découvert une sorte de hall d’immeuble au sol moquetté, transformé en chapelle artisanale garnie de fauteuils que je jugeais fort confortables… jusqu’à ce qu’un peu plus tard je m’avise à mes dépens qu’une génuflexion entre deux rangées de fauteuils conduit si l’on n’y prend garde à s’affaler de tout son long devant des fidèles qui hilares qui alarmés…

 

 

    Alors parut l’abbé Guillaume de Tanoüarn, tandis que la chapelle s’emplissait à en devenir comble.

 

 

    On sait de l’abbé qu’il fut jadis condamné pour injures raciales, en qualité non d’auteur mais de directeur de publication, et que maurassien affiché il prêcha avec brio lors des obsèques du défunt Pierre Pujo, ce qui lui valut de se voir vertement reproché d’avoir ainsi cautionné une messe conciliaire…

 

 

    Comme l’on dit également de l’abbé qu’il est aussi orgueilleux que brillant, on attendait avec curiosité de voir s’exercer les talents réels ou supposés de ce phénomène… Un couple désirait se confesser; il l’embarquait aussitôt à l’étage par un escalier vitré, offrant le curieux spectacle de sa soutane retroussée pour aider à l’ascension… Redescendu, il s’affairait, corpulent et bonhomme, alors qu’on comprenait peu à peu que hasard ou Providence, nous allions assister à deux baptêmes, le public hâlé étant parents et amis des catéchumènes… L’eau bénite était tirée d’une bouteille de plastique, deux aubes jaillissait d’un placard, l’abbé sollicitait Marie-Thérèse de descendre quérir le registre, avant de suggérer aux parents des baptisés de se saisir « des livres jaunes, au fond, pour pouvoir suivre en latin »…

 

 

    Georges et Joseph apparaissaient enfin. L’un grisonnant, l’autre noir de jais, deux adultes venus d’un mystérieux Orient, et que l’on allait baptiser. L’office pouvait commencer; l’abbé nous lisait Saint Paul, assurant que nous ne pouvions être tentés au-delà de nos forces. Un prêche éblouissant s’en suivait, lumineux de simplicité généreuse. Éloge du courage et de la ténacité des deux musulmans convertis, encourant la mort dans le pays qu’il regagneraient sitôt le sacrement reçu, l’un risquant au surplus être dénoncé par sa propre femme; réconfort de la certitude que, mêmes tentés au-delà du vulgaire, il ne le seraient jamais au-delà de leurs forces, et qu’ils se sauraient soutenus par leurs proches, puis finalement le baptême, et l’émotion des fidèles.

 

 

    Alors, un youyou strident s’élevait. D’un geste, le sourire plein de douceur, l’abbé l’arrêta, demandant simplement qu’il fût repris après la Messe. Et tourné vers l’autel, s’affairant solitaire, entonnait soudain un cantique superbe, d’un timbre parfait, saisissant les fidèles. L’office achevé, s’adressant à la femme, l’invitant à reprendre, puis à doubler son youyou, à tripler le chant de bienvenue « en hommage à la Trinité », avant de poser longuement avec les baptisés et leurs familles.

 

 

    Nul ne peut être assuré que l’Esprit souffle dans quelque grand édifice des environs de Cahors, ni même dans une résidence personnelle que l’on imagine confortable, à proximité de Poitiers. Mais dimanche, dans ce hall rudimentaire où l’on a confiné M. l’abbé de Tanoüarn, les esprits étroits attachés à ne jamais « semer le trouble » auront reçu une belle (oserait-on dire sacrée?) leçon d’humilité et de grandeur de ce prêtre que l’on dit xénophobe orgueilleux.

 

 

    Sur le parvis, mon alter ego me dit: « j’aimerais qu’il me marie ».

 

 

    La messe était dite.

 

 

    Franz Quatreboeufs,

    Douai, le 17 août 2011.

  

  

  

 

Centre-St-Paul-Paris-JPG

 

 

 La chapelle du Centre Saint Paul, 12 rue Saint Joseph, Paris II

Par le veilleur de jour.
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