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Charles-Louis Edmond de Bourbon - portrait dédicacé

Charles-Louis Edmond de Bourbon - portrait dédicacé

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Charles-Louis Edmond de Bourbon - déjeuner au "Millennium", Boulevard Haussmann à Paris

Charles-Louis Edmond de Bourbon - déjeuner au "Millennium", Boulevard Haussmann à Paris

Orléaniste de longue date - c’est à dire, au sens où nous l’entendons, fidèle au Prince légitime -, j’ignorais tout d’une descendance Naundorffiste, et des fidèles de cette cause improbable.

Un ami commun m’en informa, avec une affection moqueuse: à l’en croire, le Prétendant survivantiste était si peu éclairé qu’il était difficile de contester qu’il fût Bourbon, et si à Droite que Jean-Marie Le Pen lui semblait gauchisant ; au surplus, ajouta-t-il, il avait un profil si Bourbonien que toute autre ascendance semblait plus fantaisiste encore.

C’est ainsi qu’un samedi midi me trouva quelque temps plus tard au sein d’une assistance bigarrée, attendant qu’il se passât quelque chose: le quelque chose se fit petit homme au costume gris, se frottant vigoureusement les mains, les claquant bruyamment, puis, les ayant jointes en porte-voix, nous hélant d’un sonore "à table"... Alors que j’en étais encore à m’étonner de la familiarité de ce maître d’hôtel en tenue de ville et au profil si Bourbonien... On m’apprit qu’il s’agissait du Prince, et qu’il me fallait m’asseoir. La chaise étant fort heureusement solide, je pus m’y laisser choir comme évanoui.

Devinant alors une table d’honneur, je tentais d’y distinguer quelque visage connu. Qui donc était cette dame en jupe de cuir, lunettes fumées coiffant le chef ? La Princesse Renée, Madame, Reine de cette Atlantide. Quelle identité mystérieuse dissimulait cette soutane somptueuse, ornée d’une rosette rouge proportionnée à la figure lunaire et barbichue d’un prêtre semblant tout droit sorti d’un album de Hergé ? Nul ne put jamais me le dire avec certitude, mais assurément Rome n’y retrouvait point l’un de ses fils....

Année après année, je revins sur les lieux du crime... Devenu familier des lieux, je le devins tout autant des évêques gallicans (venus de Belgique) ou prêtres vieux-catholiques, et du Notre-Père chanté en araméen, que des conversations improbables, telles celles qui me firent découvrir -et apprécier- l’admirable Prince Géorgien (né en Roumanie) Chicin Tsitsichvili, qui devint Ministre de l’Empereur Bokassa Ier après avoir été en France interdit d’exercice de la médecine, et assurait occuper à Paris l’appartement du Chevalier d’Artagnan...

Et que dire du feuilleton de l’exhumation ? Saurons-nous un jour ce que sont devenus les ossements de Naundorff, exhumés de Delft sur l’accord du fameux "cousin Canadien" du Prétendant, et malgré l’opposition formelle de celui-ci ?

On murmure, dans les cercles informés, que si l’on ignore toujours si Naundorff était bien Louis XVII, on croit pouvoir en revanche assurer que l’un des deux cousins... mais n’alourdissons point le récit.

Puis vint le jour où, à force d’apparaître dans ce petit monde, j’y fus reçu avec sympathie. Et le miracle se produisit: celui de la noblesse de l’innocence. Je découvris peu à peu que j’aimais l’homme, faute de croire au Roi. Sa piété sincère, son humilité généreuse, sa simplicité souvent ingénue rendaient Charles-Louis de Bourbon - appelons-le tel qu’à l’état-civil - profondément touchant, attachant, émouvant parfois.

On a beaucoup moqué cet homme, auquel je veux rendre hommage, alors qu’il nous quitte. Il y était indifférent, tout à son combat, acharné et têtu à démontrer sa vérité, dont pas un instant il ne doutait. Et s’il se trompait, lui demandait-on ? Alors, répondait-il, j’irai m’agenouiller devant l’aîné des Bourbons pour lui demander pardon.

Il n’avait pas choisi son ascendance, aussi improbable qu’elle fût. Avec les moyens qui étaient les siens, aussi modestes qu’ils fussent, il tentait depuis toujours, et tenta jusqu’au bout, de démontrer sa vérité. Sa bonhomie, sa gentillesse, sa foi profonde en faisaient un homme de bien, quoi qu’on pensât de sa cause.

Puis vint le mal, qu’il combattit courageusement. Se sachant perdu, il saluait d’un adieu pudique, les yeux rougis. Embrassant sa bannière et songeant à la France, il glissait d’une voix troublée l’avoir tant aimée. Le doute le torturait: Hugues, son fils unique, prendrait-il la relève ? Mais la foi, encore: il aime son père, il le fera, à sa façon. Il sera prêt.

Charles-Louis Edmond de Bourbon vient de nous quitter. Il était l’un des nôtres, en quête de vérité. Aujourd’hui, il sait.

A Dieu, Monseigneur.

Franz Quatreboeufs

( 30 décembre 2008 ).

 

 

La cérémonie religieuse a été célébrée le 30 décembre 2008 à 10h30 en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, Paris 5ème par Monsieur l’abbé Legrand.

 



Pour toute correspondance:
Institut Louis XVII , Boite Postale 90968
75829 Paris cedex 17

 

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