Eric Dillies, conseiller régional Hauts-de-France sous l'étiquette du Rassemblement National, et conseiller municipal de Lille, annonce qu'il quitte un mouvement dont il était membre depuis plus de trente ans.
Ceux qui le connaissent personnellement, et c'est mon cas pour des raisons qui n'ont rien de politique, n'en sont que modérément surpris, tant les propos qu'il tient aujourd'hui sont conformes aux doutes qu'il exprimait déjà à l'issue du scrutin présidentiel.
Bien que le Front National de Jean-Marie Le Pen ait cultivé l'ambiguïté économique, se montrant tout à tour ultra-libéral et étatiste, selon qu'il puisait ses sources dans le néo-conservatisme ou le populisme électoraliste, il n'en a pas moins été, à grands traits, un parti nationaliste classique, profondément ancré dans l'idéal contre-révolutionnaire. Mais Jean-Marie Le Pen ne voulait pas la victoire, ou ne la souhaitant pas, convaincu qu'elle serait aussitôt balayée par des forces occultes qu'il dénonçait à demi-mots... Tout au plus entendait-il exister, effrayer, influer, et vivre confortablement aussi, comme chacun l'a constaté.
Sa fille Marine quant à elle, qui n'a dû sa promotion qu'au renoncement de sa soeur dont le conjoint avait suivi le "félon" Bruno Mégret, a tout autant espéré détenir le pouvoir qu'elle était personnellement incapable de l'exercer. Alliée au chevènementiste repenti Florian Philippot, Mme Le Pen a conscienceusement entrepris de vider le Front National de sa substance idéologique, pour en expurger tout ce qui semblait pouvoir s'opposer à une grande vague populiste déferlant à force de propositions aussi irréalistes que contradictoires et fantaisistes. C'est ainsi qu'on l'a vu, à titre d'exemple, appeler au retour de la retraite à 60 ans, alors même que son père suggérait de la porter à 65 ans pour équilibrer des comptes dont sa fille se moquait éperdument.
A projet délirant, comportement correspondant; la fusée Le Pen s'est embrasée tel le célèbre dirigeable Hindenbourg de la firme allemande Zeppelin le 6 mars 1937 (la référence est évidemment innocente) au cours d'un débat présidentiel d'entre-deux tours demeuré à jamais dans les mémoires comme le plus grand épisode burlesque d'une campagne présidentielle, à peine concurrencé par feu Marcel Barbu, "candidat des chiens battus" en 1965 et notre ami Jean Lassalle moulinant de ses grandes ailes tel l'adversaire mythique de Don Quichotte en s'adressant à ses "chers compatriotes"...
Depuis lors rien ne va plus, et la roulette tourne follement, à l'image de la "roulette belge", fameuse pour ses six balles et son suicide assuré (que nos amis Belges me pardonnent).
M. Philippot parti, écoeuré et passablement aveuglé par son manque d'humilité (qu'on consulte ses intentions de vote européennes pour s'en donner une idée), ne restent au sein du nouveau Rassemblement National que quelques folles ambitions et des militants débousolés par l'effrayant cumul de l'incompétence, de l'inconséquence et de l'irresponsabilité.
De mouvement nationaliste conséquent mais renonçant au pouvoir, le FN mué en RN est devenu un magmas populiste qui ne ressemble à rien d'autre qu'aux papiers attrape-mouches qui pendaient des plafonds de nos demeures rurales jusque dans les années de mon insouciante jeunesse : chacun s'en souvient, ces serpentins peu ragoûtants capturaient certes, mais sans jamais pour autant diminuer le nombre des insectes vrombissants... Mme Le Pen erre au gré du vent, ne pouvant même espérer s'allier à son voisin M. Wauquiez, dont les orientations économiques sont à jamais incompatibles avec les délires populistes.
Si l'on ajoute à ce naufrage l'ambiance étouffante qui règne au sein du mouvement, qui n'a rien à envier au huis-clos Sartrien, on comprend sans peine la fuite des cadres, qui par ambition déçue, qui pour se sentir rejeté -et les mots sont faibles-, qui encore pour espérer faire fructifier une notoriété incertaine, qui enfin, et c'est le cas de M. Dillies, parce qu'il a des idées, mot exogène devenu tabou dans ce grand bateau ivre.
Qu'adviendra-t-il d'eux, nous l'ignorons, mais le sort réservé par l'électorat français aux multiples groupuscules nationalistes laisse peu d'espoir aux évadés du radeau. A nous démocrates, en revanche, ce sort doit inspirer une impérieuse nécessité de réussir.
Il ne semble plus exister en effet, dans notre paysage politique, que trois forces importantes, dont deux inconséquentes, extrême-gauche extrême-droite, les deux faces hideuses du même populisme, qui sème partout où il triomphe la haine, la mort, la violence et la ruine. Qu'on compare Caracas et Budapest pour se convaincre que le second paraît un havre de prospérité au regard du premier...
Reste le camp démocrate, le nôtre, un "nôtre" collectif, qui englobe une incertaine moitié de l'électorat français, passablement divisée. Situation en réalité effrayante que la nôtre, dans laquelle l'alternative inexiste, puisqu'aucune force politique en dehors des nôtres ne se montre à même de gouverner, fût-ce contre nos idées, mais de gouverner quand même.
Ne nous réjouissons pas de ce goutte-à-goutte des rangs nationaux : il révèle avant tout que nous sommes seuls, derniers avant l'explosion, la révolte d'un peuple privé par la médiocrité de ses pseudos élites de tout recours alternatif.
Il n'en est que plus urgent de réussir le fameux tournant social tant réclamé par le MoDem et ses élus, et d'offrir au peuple de France une espérance recouvrée.
Franz Quatreboeufs.
/image%2F1564667%2F20170401%2Fob_d68fc8_zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzmp.gif)
