I - Homme singulier que M. Hulot. Amoureux de la nature, certes, bien qu'une presse véhémente lui ait reproché tout à la fois d'être riche, et propriétaire de véhicules polluants, dont... une deux-chevaux.
Disons-le franchement, cette deux-chevaux victime de la hargne de bobos citadins avait tout, à elle seule, pour nous rendre l'homme sympathique.
Mais M. Hulot, c'est un peu notre Commandant Cousteau, que des générations de téléspectateurs ont aveuglément admiré, avant de découvrir sur un tard qu'il causait des dégâts non négligeables à la faune qu'il souhaitait promouvoir, à l'image d'un photographe connu du monde entier qu'on accusa parfois de tarder à honorer ses factures, au détriment d'hôtes infiniment moins fortunés que lui.
Bref. M. Hulot ne néglige pas de s'enrichir, ce qui n'en fait pas pour autant un menteur ou un fourbe : si l'écologie n'était que l'affaire des saints, nous serions assurés de trépasser dans l'agonie d'une planète dévastée.
II - Il y eut bien, certes, "l'affaire Mitterrand", dans laquelle M. Hulot fut présenté comme ayant pu contraindre à l'intimité l'une des petites-filles d'un Président de la République, qui aurait souhaité en retour déposer une plainte discrète et symbolique, sans jamais désirer affronter réellement un déballage médiatique qu'elle a malheureusement dû subir.
Affaire sensible, délicate, tragique même, dont nous ne conclurons rien, car qu'en dire qui ne soit pas odieux.
III - M. Hulot, donc, nous semblait un prospère homme d'affaire, qui avait le mérite d'intéresser les français à l'avenir de notre monde humain, ce qui nous conduisait à le juger avec une globale bienveillance.
IV - Puis voilà que M. Hulot, qui avait eu en 2007 l'idée naïve et vaguement mégalomane à la fois de faire signer aux candidats aux élections présidentielles un "pacte écologique" que l'élu s'est empressé d'oublier, s'est finalement décidé à devenir ministre, à défaut d'avoir été candidat. Pourquoi pas, nous allions le voir à l'oeuvre.
Disons-le, M. Hulot a plutôt bien travaillé. On le décrivait isolé, esseulé même, songeant à la démission, comme nombre d'acteurs prestigieux de la vie civile qui s'engageant en politique en découvrent la dureté et les rapports de force. Mais M. Hulot s'accrochait, obtenait quelques succès, et c'était mieux que rien. Il nous semblait, comme aux français, que parce qu'on tentait de le retenir on lui consentait quelques victoires, qui étaient autant d'acquis.
IV - Mais voilà qu'il démissionne tout à trac, et qu'on nous assure que ce serait affaire de chasse. Et la France médiatique de s'en prendre aux chasseurs, ces indigènes rougis par l'air frais du matin et le breuvage du soir, qui semblent aux amateurs de boulgour métissé de quinoa sortir d'un habitat troglodyte promis à une rapide extinction par l'heureux foisonnement normatif qui aura bien raison de ces figures abjectes d'une antique réaction.
V - Etonnante amnésie que celle de ces citadins qui n'ayant que la république à la bouche oublient qu'ils en furent les promoteurs, et que pour se rallier des paysans catholiques et royalistes ils leur donnèrent les terres et le droit de chasse, perçu depuis lors dans nos campagnes -qui ne peuvent qu'être profondes- comme l'un des plus inaltérables des Droits humains, acquis révolutionnaire justifiant de toutes les jacqueries s'il fallait le défendre.
VI - Mais qui sont donc ces chasseurs, dont on nous assure hargneusement qu'ils vont proliférer tel l'écoulement d'une lave impure, mettant à profit l'abaissement du tarif du permis de chasse ?
Et surtout, et plus que tout, que chassent donc ces hommes des bois qui nous sont présentés comme des hordes primitives ?
Vu d'en ville, dont est natif l'auteur, et de Paris même, comble d'indignité, nos chasseurs n'ont que peu à voir avec ces hommes de jadis qui nourrissaient leur famille. Qu'on lise donc quelques lignes relatives au droit de chasse, à ses périodes et plus encore au gibier, pour s'en donner une image à peine exagérée : nos chasseurs se lèvent tôt par un frais matin pour chasser un gibier qu'ils ont lâché la veille, et viendrait volontiers leur manger dans la main. Evidemment, cela manque d'aventure, et le tir au pigeon sur un faisan d'élevage engraissé à cette fin ne saurait être perçu comme un sommet d'élégance.
Mais cela ravage-t-il une faune sauvage à peu près disparue, ou dépasse-t-il en horreur l'égorgement d'animaux élevés en batterie ?
VI - Nos amis pêcheurs en rivière ne sont pas en reste, si l'on y songe, qui rempoissonnent chaque année les cours d'eaux dont ils viendront sillonner des berges qu'ils sont bien souvent seuls à entretenir.
VII - On m'opposera bien sûr les accidents de chasse, et les cerfs traqués jusque dans des jardins par des individus déchaînés aux yeux injectés de sang dont il faut bien reconnaître qu'on leur lâcherait volontiers Médor au fond au pantalon pour se réjouir de leur fuite effrénée. Il y a des imbéciles, des hargneux, des bestiaux partout, et qui vit en ville ne saurait contester qu'il en croise chaque jour, que ce soit au volant ou pédalant à toute force entre feux grillés et trottoirs traversés entre deux piétons épouvantés.
Il est de bons chasseurs comme de bons conducteurs, car il est des hommes qui savent contenir leur instinct, voire même, cela doit arriver, qui en sont dépourvus.
VIII - N'est-il pas singulier, un brin hypocrite même, de s'en prendre à une poignée de chasseurs ou de pêcheurs en rivière, quand on laisse prospérer les massacres en batterie et pêches maritimes destructrices, qui nous gavent d'aliments pollués quand ils ne sont pas franchement empoisonnés ?
On peut sentir sans peine, et sans chercher bien loin, le mépris de l'homme simple, la haine des traditions, le rejet de tout enracinement, derrière cette " chasse " à une poignée de chasseurs, qui n'ont pas la chance d'être riches, vivent dans une France des périphéries oubliée des puissants, et ne sont visités par les citadins que lorsqu'il s'agit, on l'a lu cet été, de se plaindre publiquement du chant des cigales.
Ce d'autant plus, et chacun le sait bien, que le nombre des chasseurs diminue inexorablement à mesure que les campagnes se dépeuplent et que la jeunesse s'enfuit. Il y aurait, dit-on, moitié moins de chasseurs aujourd'hui qu'il y a 40 ans (cf. l'article ci-dessous, très hostile à la chasse).
La diminution du coût du permis de chasse n'inversera pas directement la courbe, elle se bornera à ralentir peut-être la descente, qui demeurera inexorable : notre avenir, nous le savons, est celui d'une France sans paysans et sans chasseurs, et d'une France citadine hormis quelques enclaves. Encore un instant, M. le bourreau !
Sans doute est-il utile de le préciser, l'auteur n'est pas chasseur, ni rural non plus. Point n'est besoin de pratiquer, ni d'apprécier d'ailleurs, pour juger qu'on peut laisser décliner sans précipitation une pratique séculaire qui massacre moins que nos abattoirs, et moins sauvagement aussi. La haine contre la chasse, qui dans les années 1970 trouvait sa source dans une empathie respectable envers les animaux, est désormais fondée sur toute autre chose, la volonté de détruire ce qui peut subsister des modes de vie ancestraux.
IX - Mais revenons-en à M. Hulot. M. Hulot parti, et probablement pas pour une affaire de chasse, quoi qu'on en dise, l'arbre ne doit pas dissimuler la forêt. Ce qui importe, et ce qui effraie, est en France le pouvoir de technocrates liés par d'obscures solidarités à des intérêts économiques bien éloignés des nôtres, humains et contribuables. Humains, car les freins sans cesse posés à une agriculture saine comme à une production d'énergie non nocive nous condamnent à une fin plus précoce qu'on ne l'imagine, collectivement comme individuellement. Et contribuables, car la faillite programmée de nos industries ivres d'énergie nucléaire ruinera le budget national aussi sûrement que la multiplication des cancers dévastera notre Sécurité Sociale.
Ainsi, si nous regrettons assurément le départ de M. Hulot, c'est parce que nous craignons qu'il ne soit remplacé que par un technicien sans âme, qui ne remportera comme lui que des victoires anecdotiques, mais appauvries en sus -ou en moins- de toute vision globale des moyens d'assurer notre avenir, et disons-le franchement, de sauver notre espèce.
Qu'on nous comprenne : nous n'avons rien contre les lièvres. Mais, n'étant pas "spéciste", nouveau mot à la mode, nous songeons qu'il serait préférable de sauver aussi les hommes.
X - Alors qui, pour remplacer M. Hulot ? Dany le Rouge, peut-être ? On s'amuserait, et chose assurée, il se passerait quelque chose. Et quoi qu'en dise M. Hollande, quelque chose, c'est toujours mieux que cinq ans de rien !
Franz Quatreboeufs.
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