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Mardi 15 mars 2011 2 15 /03 /Mars /2011 01:01

    On se souvient qu'en décembre 2010, Patrick Roy, Député-Maire socialiste de Denain, convia ses administrés au théâtre municipal de Denain.

 

roy-patrick.jpg

 

     "La Voix du Nord" du jeudi 23 décembre 2010 (source: link) donne de cette journée un compte-rendu qui laisse sans voix, tant il évoque tout à la fois William Shakespeare et Eugène Ionesco…: devant un rideau de couleur pourpre, trois élus locaux lui rendent hommage, suivis par sa femme, lisant deux poèmes… Puis dans la salle obscure le rideau s'ouvre, et l'on découvre sur scène le député Roy, en pantoufles et pantalon de pyjama (sans qu'on comprenne bien pourquoi on avait pu l'amener en ambulance depuis Georges-Pompidou à Paris, mais pas le munir d'un costume de ville et d'une paire de chaussures), lequel annonce à l'assistance médusée sa mort imminente…

    Aujourd'hui, alors que M. Roy regagne ce 15 mars 2011 les bancs de l'Assemblée Nationale (source: link), il semble permis d'exprimer une gêne diffuse que l'on avait tue, par respect pour l'homme condamné à une fin rapide.

 

    N'y avait-il pas confusion des genres entre la maladie douloureuse d'un homme courageux et fantasque, et les fonctions éminentes qu'il n'était alors évidemment plus à même d'exercer?

    Parce que M. Roy a rompu avec la tradition bien Française du mensonge relatif à l'état de santé (de Pompidou à Mitterrand, et on l'attend toujours les bilans de santé de M. Sarközy), on lui pardonne tout, y compris de s'accrocher à une responsabilité publique qu'il n'était plus en état d'assumer, et d'en user (quel simple citoyen aurait pu obtenir de la sécurité sociale un aller-retour en ambulance pour une réunion d'adieu?) pour se livrer à une ultime représentation théâtrale, maladroitement justifiée par la promesse antérieure d'un bilan de santé détaillé, et "le besoin de parler pour se libérer"…

 

    En 1980, Norbert Segard, alors Ministre centriste et chef de l'opposition Lilloise, annonça publiquement souffrir d'un cancer du poumon dont il devait décéder en février 1981 (source: link). Sa déclaration, à une époque où le cancer semblait une maladie honteuse, était non seulement courageuse, mais aussi pédagogique, puisqu'il souhaitait ainsi alerter sur les dangers du tabac… Le parallèle est cruel avec M. Roy, qui souffre d'une maladie aujourd'hui bien moins taboue que le SIDA, et ne semble en rien motiver sa prestation théâtrale par un désir pédagogique…

 

 

F.-Chereau-copie-1.jpg 

 

    Toutes choses égales par ailleurs -en lui souhaitant ainsi qu'à M. Roy une santé d'airain-, nous avons ressenti la même gêne en apprenant dans la presse locale que Frédéric Chéreau, tête de liste socialiste Douaisien, avait participé à l'émission télévisée de M. Lepers, "Questions pour un champion" (source: link ). A en croire la presse, le Conseiller Municipal socialiste a tapé "comme un fou" sur un champignon sonore, avant de lever le poing (pour les damnés de la terre ??), le tout par fidélité envers la mémoire de ses grands-parents, amateurs de cette émission… On craint le pire si le grand'père était également afficionado de corrida, et le meilleur si son épouse se révèle avoir été spectatrice assidue des émissions culinaires du Lillois Pierrot…

 

    Qu'on nous comprenne: loin de nous l'idée de nous saisir d'une broutille pour exprimer un désaccord politique; nous avons su le faire sans équivoque ni faux semblant lorsqu'il s'est agi de nous étonner du désir de M. Chéreau de transformer la collégiale Saint-Pierre, chère aux Douaisiens, en "des habitations, un hôtel, des bureaux" (source: link), plutôt que de la restaurer… Notre gêne n'est là pas politique, mais de principe. Oui, certes, les élus sont et doivent demeurer des humains ordinaires, faute de quoi ils se coupent de toute réalité sociale: peu nous chaut que M. Chéreau s'amuse en famille à tambouriner sur un champignon couineur un soir de réveillon, le poing levé pour haranguer les foules. Jacques Vernier lui-même, en 28 années de majorat, s'est attiffé dans sa vie publique des colifichets les plus ridicules, lorsqu'il lui fallait se livrer à quelque rite nécessaire à l'exercice de sa fonction. Reconnaissons d'ailleurs qu'il le fait avec un courage et une dignité exemplaires…

 

    Alors, où est le problème, nous dira-t-on? Notre gêne vient non de ce que M. Chéreau soit un jeune homme spontané, ni de ce qu'un élu municipal se coiffe d'un égouttoir s'il lui faut intégrer quelque confrérie de saladiers à l'occasion d'une foire agricole… Elle procède simplement de la conviction qu'il faut savoir, lorsqu'on est élu ou aspire à le devenir, ménager quelques frontières de pudeur: éviter le mélange des genres, et ne pas galvauder l'image d'une ville en martyrisant un champignon autrement qu'en son nom. On pardonne aisément à un élu de chevaucher une vachette à "Intervilles", plus difficilement au même de jouer du biniou dans "Tournez Manège", fût-ce pour saluer sa vieille Tante Adèle, retirée dans les confins du Léon…

 

    Mais peut-être, sans doute même, nous dira-t-on que nous sommes vieux-jeu et rabat-joie. Probablement. Mais alors même que Madame Le Pen gagne du terrain jour après jour, portée par la rage de Français écoeurés d'une certaine vulgarité générale, ne devrions-nous pas songer à quelque retour aux principes anciens de l'humilité affichée?

 

    Nos lecteurs en seront juges, par leurs commentaires, bienvenus sous ces lignes.

 

    Franz Quatreboeufs.

 

    P.S.: Lire également sur la prestation de Frédéric Chéreau, deux articles de "La Voix du Nord", les 9 mars 2011 (link), et 10 mars 2011 (link), le second nous apprenant, photographie à l'appui, que "Marie-Jeanne était trop forte, hier, pour Frédéric"...

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