« A en croire la presse satirique (1), Madame ROYAL aurait fait appel à “une plume de secours”, en la personne de l’académicien Erik Orsenna, “l’officielle, Sophie Bouchet-Petersen, (étant) “rincée” par les premiers mois de campagne et des nuits blanches passées à écrire des discours”.
A lire le texte de l’un des derniers chefs d’oeuvre d’éloquence de cette dame, prononcé par la candidate mardi 6 février à Paris, on veut bien la croire. Qu’on en juge: “La France n’est pas la synthèse impossible de l’Ancien Régime et de la Révolution. Laissons cela au candidat de l’UMP. Entre le Code noir de Louis XIV et la Déclaration des droits de l’homme, les valeurs ne sont pas les mêmes” (2).
On pourrait être tenté d’objecter avec quelque raison qu’un Code, fût-il noir, est toujours préférable à l’arbitraire le plus total, comme le démontre l’établissement progressif d’un Droit de la guerre, et les conventions relatives au statut des prisonniers; mais on sent bien que la raison a peu à voir avec cette déclaration à l’emporte-pièce.
Plus mutinement, et avec une mauvaise foi égale à celle de l’orateur, on se retient difficilement de laisser aussitôt à Madame ROYAL le monopole entier d’un Nouveau Régime qui ne serait pas divisible, en ce compris l’interdiction des corporations visant à favoriser une totale liberté contractuelle dont on doute fort qu’elle ait profité aux employés (rappelons à cet égard que la loi dite Le Chapelier, du 14 juin 1791, fut abrogée le 25 mai 1864, par... le Second Empire...), et la fusillade de Fourmies, le 1er mai 1891, qui vit une armée soigneusement épurée de ses éléments Royalistes ouvrir le feu sur des ouvriers manifestants...
Ou, tout simplement, lui conseiller de partager la lecture estivale de M. HOLLANDE surpris par la presse de caniveau (3) plongé dans “l’Histoire de France pour les nuls”...
Mais, trève de réponses faciles, et analysons ce que sous-tend le propos de notre égérie Républicaine.
Si la France ne peut être synthèse historique, c’est qu’elle est produit Révolutionnaire. Fort bien. Mais, qu’on sache, la Révolution est précisément le produit d’un corpus idéologique, auquel la France ne pourrait donc que s’identifier parfaitement: il ne serait de France que Républicaine.
Tout ceci, derrière la facilité casuistique, nous paraît dangereux. Réduire un pays à des idées, au mépris de son histoire, et de cette sédimentation millénaire qui construit l’âme d’un peuple, conduit inexorablement à considérer que n’est pas Français, puisque n’est pas “de France” quiconque n’adhère pas à cet absolutisme Républicain. On saisit aussitôt le danger: nous croyions naïvement qu’étant Français celui qui y naissait ou désirait le devenir, tout simplement; nous découvrons que ne serait plus Français que celui, né ici ou ailleurs, qui adhérerait à quelques idées immanentes que nul n’aurait le droit de contester, Le Chapelier et Fourmies compris. Nous nous pensions Français, nous en voilà bannis. A quel charter idéologique sommes-nous désormais promis?
Dans la suite de son propos, Madame ROYAL soupçonne son rival UMP d’entretenir une “volontaire confusion des repères (...) pour préparer des ralliements de second tour”. On suppose qu’elle songe aux électeurs de M. LE PEN, qui depuis Valmy s’est découvert passionné de synthèse historique. Au risque de se voir aussitôt retournée la question: si l’histoire de France ne peut plus qu’être idéologique, comment notre éventuelle Présidente unira-t-elle la nation dans le cours de son quinquennat? On le voit, la question de l’arbitre nous revient en boumerang...
“C’est plus qu’un crime, c’est une faute”, aurait dit Antoine BOULAY de LA MEURTHE de l’exécution Républicaine du Duc d’Enghien, enlevé au mépris des lois et abattu tel un chien dans un fossé de Vincennes. Réduire la France, notre nation, à une simple idéologie est, précisément, plus qu’un crime: c’est une faute. Mais peut-être Madame ROYAL considère-t-elle comme TALLEYRAND, apprenant la nouvelle: «Bah ! ce sont les affaires»...
Franz Quatreboeufs
1) “Le Canard Enchaîné”, 7 février 2007.
2) Cité par le journal “Le Monde” daté du 8 février 2007.
3) “VSD” n° 1511. Notons que le même M. HOLLANDE, plus inspiré, a quant à lui déclaré “nous sommes les héritiers de la grande Histoire de France” (“Ripostes”, France 5, 11février 2007)... Encore convient-il de savoir quelle “grande Histoire” il évoque!
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