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Depuis qu’un jour récent François Bayrou a fait part de son choix, on nous interroge régulièrement sur ce que sera le nôtre. Le moment est venu, en voici les raisons.

I - Pouvons-nous apporter nos suffrages à M. Fillon ?

Deux circonstances se prêtent, ou se prêtaient, à ce que les électeurs du MoDem soutinssent M. Fillon de leur vote :

- tout d’abord, la participation de nombre d’entre nous à la primaire de la Droite et du Centre, pour laquelle nous nous sommes engagés à apporter notre suffrage au vainqueur;

- ensuite, l’amitié personnelle liant MM. Bayrou et Fillon, et l’on sait combien F. Bayrou attache d’importance aux liens de fidélité personnelle, par-delà les alea de la vie politique.

Cela nous oblige, ou nous obligeait, et pourtant force est de constater que M. Fillon est très éloigné des aspirations de l’électorat Centriste.


M. Fillon appartient en effet au courant conservateur traditionnel en France, c’est à dire libéral en économie et conservateur quant aux mœurs. On songe à François Guizot (1787 - 1874), ministre du Roi Louis-Philippe, « conservateur éclairé » qui fut à l’origine de « l’entente cordiale » avec la Reine Victoria d’Angleterre, et gagna sa postérité par une phrase que l’on ose à peine rappeler devant son fils spirituel : « Enrichissez-vous par le travail, par l'épargne et la probité ».

Il s’agit bien pourtant de cela, loin du courant libéral mondialisé, qui jette à la rivière la protection sociale en même temps que les cultures nationales : M. Fillon souhaite certes « casser la baraque » mais au son du clairon, pensant clair et marchant droit.

Quant aux mœurs conservatrices, le débat divise l’électorat Centriste : une partie issue de la démocratie chrétienne demeure attachée aux valeurs familiales, tandis que l’aile gauche s’en est affranchie. Mais l’entente se fait quant au libéralisme : a contrario de nos amis de l’UDI, volontiers libéraux en matière économique, les électeurs du MoDem sont en parfait accord avec François Bayrou pour dénoncer les « puissances de l’argent » et leur pouvoir aliénant, et s’entendent pour considérer que l’acceptation ou le refus du mariage homosexuel sera de peu d’effet quant à la justice sociale : la critique la plus ferme qu’ils adressent à François Fillon a trait à son hostilité à la Sécurité Sociale ainsi qu’à la reprise d’une diminution « aveugle » du nombre de fonctionnaires, y compris lorsqu’elle porte atteinte à la sécurité publique.

François Bayrou a certes tenté d’obtenir un infléchissement du projet de M. Fillon, avec lequel il désirait s’allier. Mais il se vit opposer une fin de non-recevoir, fondée sur le constat que l’alliance entre MM. Bayrou et Juppé avait fait plonger le premier, dès lors que les partisans de M. Sarközy l‘avaient stigmatisée. Avant ses concurrents, M. Fillon a senti combien l’électorat traditionnel de la Droite s’était radicalisé, pour reprendre les propos ultérieurs d’Alain Juppé. Assuré de sa victoire, il a préféré préserver la pureté de son projet initial, au détriment d’une alliance avec les Centristes.

Certes, l’UDI a obtenu des amendements, mais bien plus tard, lorsque M. Fillon se fut empêtré dans son affaire dite Pénélope; il lui fallait alors élargir une base amoindrie, mais il était déjà trop tard, le MoDem s’étant éloigné sans espoir de retour.

Occasion de réfléchir à l’opportunité des primaires, dont les deux grands partis traditionnels semblent peiner à se dépêtrer.

Le fondateur de la Vème République l’a voulu ainsi, lorsqu’il en a modifié la constitution pour promouvoir l’élection du Président au suffrage universel : désormais, le Césarisme est de règle, un lien direct étant ainsi supposé s’établir entre un homme et le Peuple, par-delà les partis traditionnels.

Les Centristes, on le sait, n’ont jamais été favorables à ce mode d’élection du Chef de l’État, et ceci pour une raison simple et démocratique à la fois : un président élu au suffrage universel peut se targuer d’une légitimité supérieure à celle d’un Parlement issu des partis, et détient dès lors un pouvoir fort. Or, et l’élection de 1965 le démontrait déjà, il ne peut espérer représenter qu’une grosse moitié de l’électorat, ce qui conduit inévitablement à une forte contestation de la minorité, qui se sent dépossédée de tout droit à défendre ses valeurs, et d’autant plus dépossédée que le pouvoir présidentiel est fort.

Souvenons-nous à titre d’exemple que Gaston Monnerville, Président du Sénat, et à ce titre 2ème personnage de l’État, fut interdit de télévision de 1958 à 1968 - date à laquelle il a quitté ses fonctions - au motif qu’étant Centriste, il était opposé au Président de la République…

Certes, on nous assure qu’élu par la moitié des Français, le Président se mue en « arbitre » aussitôt installé à l’Élysée. Qui demeure aujourd’hui assez naïf pour y croire ? Qui imagine sérieusement que MM. Sarközy et Hollande furent perçus par le Peuple Français comme neutres et arbitres entre les divers courants de pensée qui composent notre Nation ?

Si le Président est une « figure » difficilement contestable comme le fut Charles De Gaulle, passe encore. Mais s’il est de tempérament radical-socialiste comme l’était Jacques Chirac, en outre convaincu que la France n’était pas réformable… il se sent dépourvu de toute légitimité pour contraindre à la réforme et laisse filer les choses, sans être suppléé dans son renoncement par le parlement croupion que Charles De Gaulle nous a légué.

Aujourd’hui, les primaires viennent aggraver encore cette fragilité du pouvoir d’un seul. Le résultat des votes l’a montré dans chaque camp : il faut se radicaliser pour emporter les suffrages de son bloc électoral, et le projet qui en résulte est ensuite rejeté par la majorité des citoyens comme représentant, au mieux, 20 % des suffrages.

Là où l’on tentait de gouverner avec une faible majorité, on l’essaiera demain avec un petit quart.

Tout dépend alors de la force de l’homme, et l’on en revient aux principes du Césarisme : M. Fillon fût-il incontestable qu’il pourrait espérer gouverner et réformer durement en s’appuyant sur une fraction de l’électorat, la majorité d’opposants se résignant devant la nécessite d’une purge. Mais chacun en convient aujourd’hui au-delà des énervements d’une campagne agitée, le candidat a perdu en crédibilité personnelle, sa probité étant remise en cause. Nombre d’électeurs nous le disent désormais : comment un homme qui se fait offrir des vêtements de ce prix pourrait-il ergoter sur quelques facilités accordées à une population majoritairement appauvrie ?

A cela, les électeurs LR répondent crânement que ce n’est point grave, seul le programme importe. Voilà que dans les temps d’inversion qui sont les nôtres, ceux-là mêmes qui n’avaient à la bouche que le respect dû au Chef de l’État (dont ils se sont montrés économes envers M. Hollande) et à l’autorité morale des institutions de la République en viennent à nous assurer que l’homme importe peu pourvu que le programme soit bon : fin du Césarisme, retour aux majorités d’idées, avec cette faiblesse même que la leur est minorité, dépourvue de toute autorité et de cet fait même de légitimité.

Si l’on voulait résumer les déclarations des électeurs de M. Fillon, on pourrait énoncer qu’un homme décrié serait fondé à appliquer un projet minoritaire, pourvu qu’il soit nécessaire. En temps de guerre, on peut le croire. Quant au reste, on se bornera à rapporter que c’est François Guizot, ci-dessus évoqué, qui provoqua en grande partie la Révolution de 1848...

II - Que faire ?

On s’en doute, les électeurs du MoDem ont longuement caressé le souhait d’une quatrième candidature de François Bayrou.

Qu’on s’en souvienne, il frôlait les 20 % d’intentions de vote en 2007 quand le rappel incessant de son absence prévisible de majorité parlementaire, et de l’impuissance politique qui en résulterait, l’a fait refluer. Aujourd’hui, qui peut se prétendre assuré de disposer d’une majorité ? Cet argument fatal écarté, la voie semblait dégagée lorsqu’a surgi Emmanuel Macron.

François Bayrou a, dans un premier temps, émis des critiques sévères, que nous n’éluderons pas, sur les liens entre M. Macron et le monde de la finance. Mais qui peut dire aujourd’hui que cela ferait de M. Macron un candidat plus libéral et moins social que M. Fillon ? Bien au contraire, les partisans de ce dernier dépeignent M. Macron en hologramme de François Hollande, ce qui, à la lecture de son projet désormais présenté, est d’une absurdité sans nom : M. Macron est libéral, au même titre que M. Fillon, mais il est social, en ce qu’il entend préserver la sécurité de la part la plus appauvrie de notre population, là où M. Fillon paraît s’en préoccuper comme d’un guigne.

Mais le principe de réalité, et un incontestable courage personnel, ont pris le dessus sur une méfiance naturelle envers un candidat inconnu du plus grand nombre : là où la candidature de François Bayrou n’eût été que de témoignage, ne profitant qu’à M. Fillon, il a préféré renoncer et privilégier la survie du Centre, pour laquelle il conduit un combat sans relâche depuis de longues années.

Un grand nombre de commentateurs oublieux rappellent sans cesse, toute honte bue, que M. Bayrou dirigeant l’UDF l’aurait réduite à néant. C’est négliger ce que l’histoire rappelle, à savoir qu’il fut le seul lideur national du Centre et de la Droite à s’opposer à l’absorption du Centre par la Droite lors de la création de l’UMP, allant jusqu’à exprimer son désaccord devant une salle hostile, et sous les sifflets unanimes. Si l’UDI existe aujourd’hui, c’est parce que François Bayrou a alors fondé le MoDem et préservé le Centre, jusqu’à ce qu’un certains nombre d’entre nous abandonnent le navire après avoir constaté à leurs dépens (comme aux nôtres) que le combat électoral solitaire réservait de douloureuses soirées…

François Bayrou l’a rappelé en annonçant son choix : un Centre indépendant est le combat de sa vie.

Il l’a rappelé aussi : la défense de l’intégrité en politique a jalonné son chemin. A ce titre, l’argument défensif des électeurs LR visant à assurer que si leur candidat est peccamineux les autres le sont tout autant ne peut être reçu par un électeur Centriste. Car c’est depuis 30 ans l’argument du Front National, et son meilleur vecteur de succès; Jean-Marie Le Pen le martelait jadis, les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie…

Le choix de M. Macron ne procédait pas de l’évidence, et il tarda à s’imposer. Mais il s’imposa pourtant, car il nous est proche sur l’idée Européenne, qu’il est seul à défendre, la promotion de l’équité sociale, qui n’est pas l’assistanat, l’équilibre budgétaire et la mise en place de mesures d’assainissement de la vie publique, qu’il a accepté de promouvoir lors de son alliance avec François Bayrou.

III - Le visage de la France qui vient.

Soyons francs : si le projet de M. Macron est compatible avec la majorité des valeurs du Centre, certaines de ses déclarations publiques nous ont hérissés.

Non pas que M. Macron émette d’ailleurs des idées fausses, mais qu’il émette des idées renversantes, qui mériteraient d’être longuement discutées, et probablement amendées.

Pour autant, nous ne soupçonnons pas M. Macron d’incohérence, et bien au contraire : nous le créditons d’une vive intelligence, d’une incontestable culture et d’une grande modernité, souvent dérangeante.

Parmi les gestes et déclarations de M. Macron qui étonnèrent ou firent scandale, on peut en rappeler quelques-unes :

- en septembre 2014, interrogé par la station Europe n°1, M. Macron évoque les employées des abattoirs GAD, dont il relève qu’elles seraient « une majorité de femmes (...) pour beaucoup illettrées ».

- en juillet 2015 : « Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort »

- en mai 2016, l’hommage rendu à Jeanne d’Arc à Orléans, déclarant que « les Français ont besoin de Jeanne d’Arc ».

- le même mois, en visite à Lunel, et pris à partie par un syndicaliste, M. Macron lui rétorque que « La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler ».

- en août 2016, la visite rendue au Puy de Fou de Philippe de Villiers, au cours de laquelle M. Macron alors ministre d‘un gouvernement socialiste, déclare «  L'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste ».

- en janvier 2017, en déplacement dans les Hauts-de-France, M. Macron évoque «  l'alcoolisme et le tabagisme ( qui ) se sont peu à peu installés dans le bassin minier ».

- en février 2017, dans un entretien accordé à l’Observateur, M. Macron déclarait «  C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut ‘partager’ des désaccords. Sinon, des lieux comme le Puy-du-Fou seront des foyers d’irrédentisme.  »

- au même moment, il se déclare favorable à la PMA pour les femmes seules et/ou homosexuelles.

- le même mois, lors d‘une réunion publique à Lyon, M. Macron assure qu’ « il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. »

- enfin, toujours dans la même période, M. Macron en voyage en Algérie qualifie la colonisation de « crime contre l’humanité » .

Aussitôt, nombre de commentateurs indignés venus de tous bords dénoncent M. Macron comme bradant l’histoire Française, sa culture et ses traditions, tout en relevant ce qu’ils perçoivent comme autant d’incohérences à force de contradictions.

Qu’en penser ? Si l’on écarte quelques erreurs de communication ou franchises exagérées, on peut distinguer un fil d’Ariane qui semble guider M. Macron, et demeure invisible aux yeux de la majorité des commentateurs : la lucidité sur ce qu’est aujourd’hui la réalité de notre pays.

Si l’on se souvient de l’épisode troublé de l’adoption du mariage homosexuel, combattu par la « Manif pour Tous », on se remémore qu’une bonne partie de la communauté catholique, clercs et religieux compris, avait été ébahie de la forte mobilisation d’une jeunesse acharnée à défendre ses valeurs familiales. La raison en était toute simple, et fut visiblement parfaitement comprise par M. Macron : la communauté catholique, qui développa dans les années 70 la stratégie de « l’enfouissement », promouvant les prêtres ouvriers et la discrétion publique, est aujourd’hui devenue irrémédiablement minoritaire, sans bien s’en être elle-même rendue compte. Mais la jeunesse le sait, et se sent libre de défendre ses valeurs, au même titre que toute autre communauté minoritaire. Là où les anciens croient encore qu’il existe une majorité silencieuse qui se doit de ménager des minorités opprimées, la jeunesse a compris que notre pays n’est plus composé désormais que d’une mosaïque de communautés, dont aucune ne domine réellement, et surtout que les communautés que l’on croit encore majoritaires s’affaissent très rapidement, et seront en quelques années réduites à quelques villages d’Astérix.

M. Macron, s’il ne l’énonce pas tout à fait ainsi -ce en quoi il a cent fois raison, car un tel propos demeure scandaleux-, l’a parfaitement compris, et le démontre lorsque s’agissant du Puy du Fou il dit souhaiter éviter l’irrédentisme, ou regrette qu’on ait humilié une minorité.

Notre pays vit depuis une trentaine d’années une mutation rapide, brutale, et niée en même temps. Longtemps Jean-Marie Le Pen fut seul à assurer de l’impossibilité d’intégrer les vagues migratoires successives, au sens où la France entendait l’intégration, celui de l’assimilation. En 1981 pourtant, Georges Marchais l’avait précédé au nom du Parti Communiste Français, mais renonça aussitôt, pour des raisons inconnues.

Aujourd’hui encore, la majorité des commentateurs présentent notre pays comme majoritairement blanc et catholique, alors qu’en 2010, 4,5% des français assistaient à la Messe… une fois par mois.

Pourtant, dans un article récent, le quotidien « Le Monde » évoquait l’augmentation des populations étrangères jusque dans la commune de … Sablé-sur-Sarthe, en raison de la présence de l’abattoir local.

Et, dans son émission « Répliques » diffusée sur France Culture le 11 février dernier, le philosophe Alain Finkielkraut recevait MM. Chevènement et Lelouche, qui s’accordaient à prédire que les « migrants » sub-sahariens ayant une natalité supérieure à celle des pays du Maghreb, cette nouvelle vague migratoire aurait pour conséquence une rapide augmentation de la population d’origine étrangère vivant sur notre sol.

Il s’agit là d’un mouvement de fond, que rien n’entravera, et dont il est évident, quel que soit le silence médiatique, qu’il transformera radicalement notre pays en société multiculturelle.

C’est ce mouvement que M. Macron a compris avant bien des politiques, et souhaite accompagner. Une société multiculturelle nécessite un dialogue permanent entre communautés, toutes minoritaires, afin de prévenir la radicalisation de certaines d'entre elles.

Alors qu’on dénonce sans relâche la radicalité musulmane, « Le Monde » évoquait longuement, il y a une poignée de jours, les jeunes français émigrant en Hongrie ainsi qu’en en Pologne pour rejoindre un pays blanc et catholique… Et le succès du groupe musical des « Brigandes », qui prône le regroupement dans de petites communautés rurales, témoigne bien de la tentation au repli de la partie la plus "identitaire" des catholiques français (la vérité obligeant à préciser que « Les Brigandes » sont à plusieurs égards passablement hérétiques).

M. Juppé lui-même n’a-t-il pas évoqué la « radicalisation » de l’électorat LR ? Ce socle insubmersible de 20 % des suffrages n’est-il pas une forme de vote communautaire, d’autant plus radical qu’il se sent décrié et minoritaire ?

M. Macron l’a compris, et loin d’être incohérente, sa démarche est bien au contraire soucieuse de converser avec chacune des communautés peuplant notre pays, n’en oubliant aucune, et d’autant moins qu’il s’agira de communautés déclinantes se sentant dépossédées d’une culture jadis majoritaire. La paix civile est à ce prix.

M. Macron, pourtant surdiplômé, a également perçu les limites du culte français des diplômes et des corporations. C’est ainsi qu’il a fait l’éloge des chauffeurs Uber, généralement issus des banlieues, dont il a rappelé qu’il valait mieux qu’ils travaillent et se socialisent, plutôt que de demeurer enfermés dans des ghettos ouverts à toute délinquance.

Tout récemment, « Le Monde » relevait qu’un chauffeur Uber travaillant 40 heures par semaine gagnait 600 euros mensuels. Certes. Mais quel chauffeur de taxi travaille 40 heures par semaine ? Quel commerçant, artisan, profession libérale ou indépendant aussi ?

On peut se scandaliser des pratiques quasi-esclavagistes d’Uber, et on aura raison. Mais voilà de jeunes hommes à qui l’on enjoint de se vêtir correctement, d’entretenir leurs véhicules rutilants, et de respecter une politesse scrupuleuse. Combien d’entre eux sortiront ainsi de l’échec éducatif pour établir des fondations leur permettant un envol professionnel puis social rapide ?

IV - Le choix s’impose.

Au terme de ce propos, nous voyons s’opposer la France de François Guizot à cette d’un homme moderne qui anticipe l’avenir. Le projet de M. Fillon fait songer à la malheureuse du Barry juchée sur l’échafaud : « encore un moment, monsieur le bourreau »… Appauvrir encore les plus démunis, voiler le tout d’un drap parfumé à l’encens de la tradition, et prier pour que « ça tienne » et qu’aucun rouage de l’antique machine ne cède à grand fracas sous les coups de boutoir du libéralisme.

M. Macron quant à lui se saisit de la modernité et dessine l’avenir, nous proposant collectivement d’y participer, sans négliger la protection des plus faibles d’entre nous. Certains de ses propos nous hérissent le poil, certaines idées nous scandalisent. Mais beaucoup ne sont que l’avenir, nous semblât-il odieux, et mieux vaut l’accompagner pour tenter de l’amender que contempler du quai le train qui s’éloignera sans nous emmener.

C’est un choix difficile, comme au pied du fossé, plus difficile encore pour un amoureux de cette France éternelle qu’évoque parfois « notre » François Bayrou, et que l’on voit mourir. Mais la jeunesse nous appelle, et nous lui devons un avenir audacieux.

Ainsi nous mettons-nous en marche, l’espoir au cœur, sous les premiers rayons d’un nouveau printemps.

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