Alors que s'achève ce lundi soir le traditionnel marathon des vœux annuels, je souhaite revenir sur quatre sujets qui ont particulièrement retenu mon attention de citoyen Douaisien comme d'élu d'opposition municipale au cours de l'année qui vient de se terminer.
I - Un terrain amianté en plein cœur de Douai.
A trois reprises, en 2016 puis en 2017, j'ai attiré l'attention de M. le Maire de Douai sur le projet de construction d'un immeuble collectif rue de Férin, sur un terrain ayant très visiblement été utilisé comme décharge sauvage de gravats, parmi lesquels divers éléments polluants, dont certains amiantés.
Le 8 juillet 2016, Frédéric Chéreau m'avait répondu que s'il s'avérait que le terrain était réellement recouvert de déchets, le demandeur du permis de construire devrait le dépolluer.
En 2017, j'ai de nouveau souligné la "distraction" du propriétaire du terrain, qui avait omis de signaler que son terrain "arboré" était en réalité recouvert d'une immense bâche en matière plastique qui recouvrait de nombreux gravats.
M. Chéreau m'avait répondu que le Mairie n'avait aucune trace de dépôt de déchets... et pour cause, il s'agissait d'une décharge sauvage ! Il suffisait de se rendre sur place, ce qui n'avait pas été fait, jusqu'à ce qu'on riverain croisant le maire dans la rue l'emmène lui-même constater l'état des lieux.
Une assemblée générale du conseil de quartier a eu lieu juste après ma deuxième intervention; elle a été assez houleuse, et M. le Maire a de nouveau semblé rassurant...
J'avais suggéré à M. le Maire de refuser le permis de construire, laissant au demandeur le soin d'attaquer ce refus devant le tribunal administratif s'il le jugeait infondé. Il protégeait ainsi la commune de toute responsabilité en matière de santé publique, laquelle peut être pénale, au titre du principe de précaution. Quelle ne fut ma déception, lors de ma troisième intervention, d'apprendre que "les services" (qu'on peut penser incarnés par la personne unique du Directeur Général) avaient considéré qu'un refus serait illégal... le tout indiqué de façon assez condescendante.
Bien évidemment, les riverains ont attaqué le permis (*). Nul n'ignore qu'il s'agit, entre autres, de deux enseignants de la Faculté de Droit de Douai, dont l'un est spécialiste... du droit des déchets, et l'autre... de Droit Pénal !
M. le Maire a, dans cette affaire, donné deux impressions détestables : la première, de "balader" les riverains en les assurant de sa vigilance, alors qu'il avait bien au contraire la ferme intention de laisser le promoteur agir à sa guise; la seconde, de détenir par le magistère de la puissance publique une autorité supérieure à celle des Codes, et des juges chargés de les appliquer. Il est permis de considérer qu'il a tort, car le permis a de forts risques d'être annulé. Les "services" auront bonne mine, M. le Maire aussi, qui aura une nouvelle fois démontré qu'il n'est pas le véritable décisionnaire au sein de l'hôtel de ville, et qu'il privilégie un avis technocratique au détriment du Droit, de la démocratie participative, et de la santé publique.
Affaire à suivre, rendez-vous est pris !
(*) Addendum, le 1er février 2018 : un recours grâcieux a été déposé, sans réponse à ce jour. Un recours contentieux le suivra.
Nouvel addendum, le 23 février 2018 : le permis de construire a été retiré... cf. article mis en lien ci-dessous.
II - Un restaurant à prix d'or.
En mars dernier, Frédéric Chéreau a fait voter le projet d'achat d'un immeuble ancien situé rue de la Massue, en vue d'y installer un restaurant gastronomique.
L'opposition municipale n'y était pas opposée quant au principe, malgré l'importance de la somme annoncée, 880.000 euros. Malheureusement, l'addition n'a pas tardé à flamber, comme bien souvent dans les projets publics...
En septembre, nous en étions arrivée à 1,4 millions d'euros !
Certes, la Communauté d'agglomération participera au financement... mais ce sont des aides qu'il faudra rembourser, et le bâtiment ne sera finalement rentable que dans une quarantaine d'années, si le restaurant est toujours en activité à cette époque lointaine !
Les banques elles-mêmes ont semblé réticentes à soutenir le restaurateur pressenti, qui a dû demander en octobre 2017 au conseil municipal de renoncer à une partie de ses recours en cas d'impayé de loyers...
Alors que plusieurs établissements ont ouvert (le " 32 ") ou ont été rénovés (La Terrasse, le Volubilis) à grand frais et sans aucune aide publique, ne s'agit-il pas d'une concurrence déloyale ? Nous n'étions pas hostiles à une aide, je le répète; nous considérons en revanche qu'elle est rapidement devenue manifestement excessive.
III - La mise en péril d'un joyau culturel.
En à peine trois ans, la librairie "La Charpente" de Douai est devenue un joyau de notre arrondissement, cumulant la qualité de l'accueil et celle des ouvrages présentés.
Située à un croisement, elle a été à deux reprises mise en péril par des travaux effectués par la commune, au point d'être contrainte d'appeler à l'aide ses clients, qui l'ont soutenue de leurs deniers.
A peine était-elle sauvée que M. le Maire annonçait au lendemain même d'un conseil municipal (les projets municipaux étant annoncés à la presse la veille ou le lendemain d'un conseil, mais jamais aux élus pendant le conseil mensuel) l'installation à quelques mètres de la librairie du "Furet du Nord", dans un immeuble acheté à cette fin par la commune !
Courageusement, la directrice de "La Charpente" s'est dite sans inquiétude :
M. le Maire lui-même, au cours d'un entretien privé... dans les locaux de "La Charpente", dans lesquels nous nous étions croisés par hasard, m'a dit être certain que la concurrence du Furet ne serait pas aggravée, dans la mesure où il existe déjà, et ne s'agrandirait que pour un rayon papeterie. Peut-être. Mais M. le Maire est nordiste de fraîche date, et j'ai le privilège de l'âge : ayant été étudiant à Lille il y a 35 ans, j'y ai vu mourir toutes les librairies indépendantes, étouffées par... le Furet du Nord.
Dépenser tant de derniers publics pour faire courir un tel risque à un commerce indépendant sauvé par ses clients sur leurs deniers privés se justifie-t-il ? Je m'interroge. Non point que je sois hostile au principe du soutien municipal à l'attractivité du centre-ville. Mais que je ne suis pas assuré que les politiques et les technocrates qui les conseillent soient les meilleurs juges des opportunités économiques. Et, comme le souligne la directrice de "La Charpente", il s'agit d'achever de déshabiller la rue de Bellain pour rhabiller celle de la Mairie...
IV - Les injonctions contradictoires de la verbalisation routière.
Puisque nous traitons d'attractivité du centre-ville, songeons aux moyens de s'y transporter. Il y a quelques mois de cela, M. Chéreau nous avait conté au conseil municipal avoir tenté de rouler à 30 kms/h en ville sans y parvenir totalement, tant c'est difficile.
Qu'importe, il se montre à présent plein d'humilité, puisqu'il entend imposer à la clientèle des commerces du centre ce qu'il ne parvient pas à réussir lui-même.
Il me rétorque que les Douaisiens se plaignent de vitesses excessives, certains automobilistes roulant à 80kms/h au lieu de 50, raison pour laquelle il a acquis un radar mobile, puis formé les policiers municipaux à l'utiliser. Il a raison sur ce point.
Reste que je peine à comprendre en quoi réduire à 30 ce qui est à 50 fera ralentir ceux qui roulent à 80.
Plus étonnant, M. Chéreau me répond qu'il ne faut pas s'inquiéter : le radar sera très mobile, et sortira rarement : les verbalisations seront rares. Ce qui signifie, si je comprends bien son raisonnement, qu'on pourra continuer à rouler à 80, avec un très faible risque d'être verbalisé.
M. Chéreau n'est pas juriste, bien que ses études de sciences politiques lui aient permis d'aborder cette matière... disons qu'il me paraît être aussi peu avisé en matière de verbalisations qu'en permis de construire...
En effet, tous les juristes savent qu'il existe deux catégories de justiciables : les fripons, qui se moquent des sanctions, et les respectueux, qui craignent toute sanction même rarement appliquée. Le résultat de la nouvelle politique routière de la commune sera tout simplement que les pressés continueront à circuler à 80 kms/h en misant sur la rareté des verbalisations, et les inquiets à 30 kms/h comme aujourd'hui à 50.
Or, M. Chéreau nous l'a lui-même confessé : il est presque impossible de circuler à 30 kms/h. Que va-t-il donc se passer ? C'est tout simple : un grand nombre d'automobilistes paniqués par la crainte des verbalisations ne circuleront plus en centre-ville, et ce d'autant moins que tout malheureux verbalisé à 35 kms/h usera des réseaux sociaux pour s'en révolter, avec l'effet d'une traînée de poudre.
Je l'ai exposé en conseil municipal, de façon improvisée puisque le dossier nous a été présenté sans préparation. Le projet de M. Chéreau est contestable pour deux raisons : d'abord, parce qu'il annonce des sanctions dont il assure qu'elles seront rarement appliquées. C'est une aberration démocratique, qui affaiblit l'autorité de la puissance publique, et qui plus est creuse le fossé entre la majorité des respectueux excédés et la minorité des "sauvageons" jadis dénoncés par un ministre socialiste. Ensuite, parce que si la décision d'imposer -fût-ce de façon indirecte- aux clients des commerces du centre-ville de s'y rendre à pieds n'est pas en soi forcément contestable, elle ne peut se justifier que dans le cadre d'une réflexion de fond sur les modes de déplacements urbains, et les moyens mis en place pour se substituer à l'automobile. Signalons quand même que depuis les restrictions de circulation imposées par la mairie de Lille le 22 août 2016, des commerces autrefois prospères du vieux-Lille ont vu leur chiffre d'affaire s'effondrer...
V - En guise de conclusion.
Quel trait commun peut-on déceler dans les quatre thèmes ci-dessus évoqués ? L'esprit technocratique, et une prégnance de l'idéologie. C'est vieux comme le politiquement correct : c'est parce que ce doit être, et si ce n'est pas, c'est que la réalité a tort.
Il reste deux ans à M. Chéreau pour "fendre l'armure" (comme le promettait un autre ministre socialiste...) : c'est pêcher que de perdre l'espérance !
En ce dernier jour de vœux... je souhaite aux Dousiens une heureuse année 2018, forte de projets personnels et publics enthousiasmants et couronnés de succès. Notre ville est notre bien commun, reçu de nos prédécesseurs, et qu'il nous faut transmettre embellie à nos successeurs : à l'aube d'une année nouvelle, tels sont les vœux que nous pouvons collectivement partager, par-delà ces différences naturelles qui doivent nous enrichir plutôt que nous diviser.
Vive Douai !
Franz Quatreboeufs
Conseiller municipal de Douai
Conseiller d'agglomération du Douaisis.
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Douai - Le maire retire un permis de construire contesté rue de Férin
Y aura-t-il un jour une construction sur ce terrain en friche de la rue de Férin ? Depuis plusieurs années, des risques de pollution sont pointés par les riverains. Le maire a finalement retiré...
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