Overblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

   A mesure que s’accentue le désamour entre le pouvoir politique actuel et la population Française, la question revient, lancinante: les Français ne risquent-ils pas, à force d’être déçus, de jeter aux orties notre système démocratique en son entier, faute de voir une quelconque différence entre ses représentants, toutes étiquettes confondues?

 

 

    Au-delà des évidences faciles, il est permis d’en douter, au regard de notre histoire politique et sociale récente.

 

 

    1. Notons tout d’abord que l’élection en 2007 de celui qui déçoit tant aujourd’hui était bien la preuve qu’il demeurait chez les Français une réelle capacité d’enthousiasme politique, dès lors que des perspectives optimistes sont tracées, parfois au-delà même de toute vraisemblance.

 

 

    Bien sûr, on rétorquera que l’élu fut surtout le produit du rejet d’une candidate décevante, alors même que la société Française, que l’on dit en voie de droitisation, demeure en réalité fortement attachée à des valeurs égalitaires.

 

    C’est vrai, en grande part, ce d’autant plus que l’analyse du scrutin a démontré que l’élu fut avant tout celui des électeurs les plus âgés, et non de la population dans son ensemble, ce qui ne manquait pas de sel, puisque « travailler plus pour gagner plus » avait au final essentiellement convaincu… les retraités.

 

    Mais il demeure pourtant difficile de contester qu’une partie non négligeable de l’électorat populaire s’est remise à espérer, retrouvant son attachement à la valeur travail, au courage individuel, et délaissant pour l’occasion le refuge haineux de l’extrémisme.

 

 

    Au risque de la caricature, on sera tenté d’écrire que l’élu de 2007 a entraîné les courageux, les bosseurs et les aventuriers, alors même qu’il alarmait les plus vulnérables ou ceux plus attachés à la sécurité professionnelle. Moment rare dans l’histoire française où une fraction non négligeable de la population a paru s’enticher des charmes du capitalisme, avec d’autant plus d’enthousiasme que le pacte social conclu au lendemain de la Libération en ayant toujours amorti les rigueurs, nul en France n’en connaît véritablement l’implacable cruauté envers les perdants.

 

 

    2. Certes, répondra-t-on, mais justement, cette fraction de la population qui avait suivi avec enthousiasme le chemin d’une nouvelle espérance politique est aujourd’hui si dégoûtée qu’elle ne se laissera pas reprendre de sitôt.

 

    Qu’on se souvienne de 1981, et de l’affreuse désillusion du « tournant de la rigueur » de 1983: le peuple de gauche y a laissé, semble-t-il à jamais, ses espérances probablement chimériques d’avènement d’un monde meilleur, et s’est pour une bonne part définitivement désintéressé de l’action politique.

 

 

    Pourtant, les mêmes qui ont délaissé le champ politique se sont retrouvés dans l’action sociale, écologique, citoyenne: ce que les politiques n’ont pu réussir en leur nom, ils tentent à présent d’y parvenir eux-mêmes, par une forme pacifique d’action directe.

 

 

    Il est par conséquent permis d’espérer que passées les années de désillusion, une nouvelle génération politique survenant, de nouveaux enthousiasmes surviendront.

 

 

    3. Cette question générationnelle n’est d’ailleurs très probablement pas étrangère au rejet actuellement manifesté par une très forte majorité de Français.

 

 

    Une nouvelle génération d’hommes politiques est soudain parvenue aux commandes: joggant, cumulant avec bonne humeur les massacres publics de la langue Française, témoignant en toute chose, les premières semaines, d’une simplicité de bon aloi (Fouquet’s et yacht mis à part, mais l‘euphorie en a d‘abord atténué les effets).

 

 

    Mais voilà que tout à coup une vérité singulière se fait jour: cette simplicité est surtout et avant tout un manque total d’éducation, de respect pour quiconque ou quoi que ce soit, une rusticité grossière, et une avidité sans fin de toute réussite, pourvu qu’elle soit clinquante: Jean-Édouard ayant épousé Loana, Loft Story s’est installé à l’Élysée.

 

 

    Et les Français de se dire qu’au final, Jacques vouvoyant Bernadette avant d’aller taper le cul d’une vache était probablement un meilleur attelage que ce spectacle innommable -car c’est ce qu’il est, nul mot ne parvenant à en décrire le contour-.

 

 

    Pour être moderne, cette nouvelle génération n’a pas pour autant renoncé aux vieilles pratiques ou aux vieilles ambitions, au point de s’en aveugler sur les temps qui changent…Que l’on considère ainsi les brutales tentatives de prise ou reprise en main de media déjà pourtant très largement asservis, et l’on comprendra que les jeunes ont des objectifs de vieux, mais avec en sus le culot brutal qu’autorise un cynisme qu’ils croient absolument moderne.

 

 

    Et c’est là qu’ils pêchent, tout simplement car en politique on est jeune à 50 ans, après 30 ans de militantisme, à l’âge où l’honnête travailleur songe déjà avec bonheur aux délices bien mérités de la retraite… Nos vieux-jeunes ont négligé l’internet…

 

 

    Car à quoi bon en effet contrôler les media officiels si l’on ne fait ainsi qu’accélérer leur déclin au profit d’une toile que nulle araignée Élyséenne n’est en mesure de contrôler? Rien n’est plus affligeant que le spectacle pitoyable d’un présentateur tremblant de T.V.- Élysée, contraint de consacrer une poignée de secondes à l’une des multiples frasques des familiers du régime, faisant scandale sur tous les blogs de la planète…La bataille de la communication a été perdue, dès lors que l’accroissement exponentiel du nombre d’internautes -y compris blogueurs centenaires- a permis à chacun d’apprendre ce qu’on tentait si maladroitement de lui dissimuler, constatant en sus lui-même à quel point on lui mentait maladroitement…

 

 

    Ainsi donc, la rupture brandie comme un totem ne fut que l’abandon d’une bonne partie de nos plus anciennes valeurs, balayées au profit du fait du Prince, d’un Prince nouveau-riche dépourvu d’aucune pudeur au point de décrire son cynisme comme la preuve éclatante de sa franchise.

 

 

    4. Reste qu’il ne faut pas pour autant exagérer la réaction morale de la population Française. Certes, elle avait paru adhérer assez largement au style prétendument nouveau des élus de 2007. Mais si l’on devait en analyser très attentivement les ressorts, on découvrirait probablement que ce changement d’air plaisait avant tout parce qu’il semblait annoncer -le mot est facile, convenons-en-, une ère nouvelle: le dynamisme affiché semblait promettre un redressement économique, dont de nombreux Français ont eu l’illusion de croire qu’il pourrait leur profiter individuellement. Et si l’éloge du travail a paru entraîner tant d’électeurs retraités, c’est probablement avant tout parce qu’ils y voyaient l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants ou petits-enfants, qui auraient redécouvert l’efficacité des valeurs d’antan…

 

 

    Analysé sous cet angle, il n’est pas exclu que le rejet actuel soit plus lié à la brutale dégradation de la situation économique qu’aux dérives quasi-pathologiques d’un exécutif Néronien.

 

 

    On ne dira jamais assez combien les séquelles de la révolution Française demeurent prégnantes dans l’esprit commun de notre pays. Là ou d’autres pays Européens ont évolué sans heurts, nous avons coupé des têtes, renversé des régimes successifs, et acquis par habitude l’idée ancrée qu’une évolution n’est possible qu’au moyen de l’usage de la force: il suffit de voir se multiplier les séquestrations d’employeurs ou menaces de faire exploser des usines, à chaque fois couronnées de succès, pour saisir cette spécificité Française qui veut qu’un dirigeant ne cède rien en négociant mais tout lorsqu’il est sanglé à une caisse de dynamite….

 

 

    L’hypothèse d’une crise de régime est à apprécier au regard de notre histoire collective: dans notre vieux pays au fond autoritaire et révolutionnaire à la fois, la crise de régime coupe quelques têtes et en change d’autres, mais n’a jamais changé en profondeur ce qui n’est en réalité, en France, qu’une démocratie très imparfaite.

 

 

    5. C’est là que le bât blesse, à la fois pour notre avenir commun et pour celui particulier du Mouvement Démocrate.

 

Chaque jour qui passe rend plus crédible un renversement politique en 2012, par l’élection de Martine AUBRY, ou celle légèrement plus probable de Dominique STRAUSS-KAHN.

 

 

    Ce n’est pas leur faire injure que de constater qu’ils n’ont jamais paru pêcher ni l’une ni l’autre par excès de libertarisme… Peut-on espérer d’eux qu’ils rétablissent un État de Droit actuellement en perdition progressive? Rien n’est moins certain: il est des dérives qui arrangent finalement bien ceux qui en héritent, n’ayant même pas eu à en assumer l’origine…

 

 

    Quant au MoDem, chacun connaît le rôle essentiel joué par François BAYROU jusqu’aux élections Européennes dans la dénonciation argumentée des dérives autoritaires du pouvoir. Un instant de grâce sembla se produire, lorsque tout à coup chacun lui donna raison, à quelques semaines du scrutin, avant que le soufflé ne retombe, son livre pourtant magnifique chutant brutalement dans les oubliettes d’une époque vouée au zapping épileptique. Rien ne sert de regretter, mais il faut constater, pour en tenir compte, que nous sommes pour l’heure et comme trop souvent écrasés par la logique des blocs, droite contre gauche, dont aucun ne semble se préoccuper vraiment de la crise démocratique que nous traversons, au-delà de quelques protestations de principe, vite oubliées au profit de calculs électoraux visant à plaire au plus grand nombre, c’est à dire à centrer les projets sur ce qui semble le plus urgent -et la démocratie ne semble jamais la plus urgente, alors même qu’il n’est de réussite collective durable et partagée que fondée sur un corpus de valeurs elles-mêmes partagées.

 

 

    6. Le Centre, il faut en convenir, a mauvaise presse. Il passait autrefois pour mou, le voilà aujourd’hui décrié comme mort. Jacques JULLIARD, plume renommée du « Nouvel Observateur » , a dans quelques articles fameux stigmatisé le Centre: à l’en croire, le Centre incarnerait une « raison » mortifère, alors que chacun des blocs enchanterait le monde. Bien entendu, il concède aussitôt que ce qu’ils promettent ne peut être tenu, et qu’au final ils gouvernent à peu près de la même façon, c’est à dire au Centre. Mais l’essentiel est d’avoir fait rêver, faute de quoi l’électeur se désintéresserait complètement des enjeux électoraux. Qu’on lui mente ainsi sciemment pour l’attirer aux urnes ne gêne en rien notre auteur, ni probablement d’ailleurs que la Droite se prenne parfois à mener une réelle politique de Droite - les roms en savent actuellement quelque chose…-: tout plutôt que le Centre, et sa détestable manie d’avoir raison.

 

 

    On peut se désoler de tant de mauvaise foi, mais l’action politique est faite d’évidences: la tentative de François BAYROU de muer le Centre en Mouvement Démocrate, qui aurait été autre chose que ce point central réducteur, semble avoir pour l’heure échoué, et nous sommes redevenus Centristes… C’est à dire voués à demeurer minoritaires et force d’appoint, sauf effondrement brutal d’un bloc qui nous mettrait en mesure de nous substituer durablement à lui. C’est semble-t-il peu probable dans l’immédiat, l’électorat de Droite faisant bloc, tandis que celui de Gauche se mobilise, et que la mue écologiste du MoDem semble elle aussi avoir fait long feu…

 

 

    Le MoDem, éternelle force d’appoint? Nous y reviendrons dans des propos ultérieurs, mais l’hypothèse mérite d’être affrontée, pour être ou non combattue.

 

 

    7. Et Marine? Huit ans de politique sécuritaire spectacle ont asséché puis réhydraté le Front National, qui semble devoir être durablement sauvé par une succession familiale assurée, alors même qu’elle semblait incertaine il y a peu d’années. Faut-il la craindre? Il est permis de penser que non.

 

 

    La France s’est longtemps sentie honteuse de son Front National. S’il est vrai qu’elle fut précurseur, force est de constater que l’extrême-Droite Européenne atteint aujourd’hui des sommets bien supérieurs au F.N…. Qui plus est, à de rares exceptions locales près, jamais la Droite Française ne s’est alliée avec son extrême. La France étant exempte de tradition de coups d’État (les révolutions les précèdent), rien ne devait permettre au F.N. de parvenir jamais au pouvoir… C’était sans compter sur le pouvoir actuel, qui a cru pouvoir s’assurer une pérennité en subtilisant d’abord les propos, puis à présent les moyens, du vieux leader Breton. Cela rend-il le Front National dangereux pour autant? Rien ne permet de le craindre. Certes, l’U.M.P. use de thématiques à présent franchement Pétainistes (les français de fraîche date), et elle se garde bien de régler réellement les problèmes de sécurité, ce qui nécessiterait des moyens financiers qu’elle préfère réserver au bouclier fiscal… Mais pour autant, il demeure visible que le F.N. ne dépasse pas ses sommets précédents, qu’il peut tout au plus espérer rejoindre en quelques points déshérités du territoire. Mouvement de protestation, affaire familiale, il ne semble pas destiné à se muer en force de proposition capable d’assumer tout ou partie du pouvoir national.

 

 

    8. On l’a dit, le « Peuple de Gauche » désillusionné après le « tournant de la rigueur » de 1983 n’est revenu dans le champ public qu’au moyen de l’action citoyenne. Une partie de la Droite fait elle bloc autour de son leader erratique, tandis que nombre d’électeurs se réfugient dans le désenchantement silencieux. C’est à eux, avant tout, que nous devons songer, les ramenant dans le champ de l’action collective, contribuant ainsi à accélérer la sortie de crise politique, voire de régime si on la redoute. A ceux qui sont tentée de ne plus croire en rien ni surtout en personne, à ceux qui récusent le Centre parce qu’il aurait tort d’avoir raison, bref à ceux, contradictoires mais plein d’amertume qui veulent changer le monde et n’en démordront pas, nous devons proposer l’action locale comme meilleur terrain d’action, parce qu’il rapproche la politique du citoyen, la gestion des affaires locales étant elle perçue comme œuvre positive, dans laquelle la raison a sa place, sans qu’elle fasse échouer un rêve qui demeure par elle réalisable.

 

 

    Comment? Nous en reparlerons.

 

    Franz QUATREBOEUFS, ex-tête de liste de « Faisons Vivre Douai », élections Municipales de mars 2008.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :